Home / news / Le don en pleine mutation

Le don en pleine mutation

Le don, une habitude de seniors? L’Afrique a-t-elle encore besoin de nous? Les missions et ONG innovent. Le crédit solidaire se révèle plus rentable que l’épargne. Dossier «Mission».

Les chiffres tordent le cou aux idées reçues. En France, un jeune donne une plus grande part de son revenu qu’un senior: 1,8% contre 1,1%. Bien sûr, en euros ou francs comptabilisés, les seniors gardent la tête de ce classement.
Les habitudes de dons sont décryptées dans le détail en vue d’optimiser la communication des associations, ONG, partis politiques, etc. On sait par exemple que le don moyen du Français s’élève à plus de 650 euros à Paris contre 308 en Bretagne. Ou que la proportion de donateurs est la plus élevée en Alsace (32%) et la plus basse en Corse (16,9%). Ou encore que le don a doublé au cours des dix dernières années. La crainte de voir disparaître une génération de donateurs n’est donc pas complètement infondée.

L’engagement évolue
Comme l’explique David Alonso, responsable de la communication de SEL France, plusieurs phénomènes vont cependant influencer la pratique du don à l’avenir. Le premier relève du vieillissement de la population: «Le problème, ce ne sont pas les jeunes qui s’engagent moins, au contraire. Mais leur nombre est insuffisant pour remplacer des donateurs seniors.»
Le second tient de la forme même de l’engagement. Quand il donne de l’argent, un senior l’envoie aux missions, ONG ou partis politiques. Il délègue son action par son don. Les jeunes considèrent le don sur un autre plan. Toujours selon David Alonso, là où les seniors donnent plus discrètement, les jeunes associent volontiers générosité avec événement ou action de groupe, avec une propension à recourir aux réseaux sociaux. Le Suisse Marc-André Pravervand, spécialiste de la récolte de fonds, confirme cette tendance. «Le jeune donne aussi plus volontiers de son temps. Ou, en échange d’une expérience, tel un voyage d’aide humanitaire. Il n’hésitera pas à motiver son entourage pour une cause à laquelle il s’identifie», d’où le succès des courses sponsorisées…

Se professionnaliser?
Si la défiscalisation des dons a joué un rôle positif en France ces dernières années, elle pèse moins, selon Marc-André Pradervand, parmi les chrétiens en Suisse: «Ils donnent pour une cause, qu’ils puissent le déduire de leurs impôts ou non.»
Pour l’expert, la relation au donateur joue un rôle bien plus important. L’avenir est promis aux ONG et missions capables de professionnaliser la recherche de fonds et aux micro-organisations. Il se montre plus pessimiste en ce qui concerne les organisations de taille moyenne, incapables de rivaliser avec les moyens financiers des grandes, présents sur les différents canaux (traditionnels, numériques, événementiels, etc.).
«Pour les petites organisations, dont les projets sont souvent soutenus par un cercle de proches, le relationnel pallie le manque de professionnalisation.» Pour David Alonso, il est inutile de vouloir récolter des fonds auprès de tout le monde. Il s’agit d’identifier ses publics, d’apprendre à les connaître et d’adapter sa communication en fonction.

Christian Willi

caj

Share
Top